Le président Oligui Nguema annonce les Etats généraux de l'éducation nationale
La V -ème république sous l’ère Brice Clotaire Oligui Nguema, veut convoquer ses propres États généraux de l’éducation, seize ans après ceux organisés sous l’émergence, dont le principal chantre était Ali Bongo Ondimba. L’annonce a été faite, lors de la journée nationale de l’enseignant, le 23 mars au palais de la rénovation du bord de mer. Le chef de l’État a placé l’école au cœur de son projet national, en appelant à une refondation profonde du système éducatif et en réaffirmant son soutien aux enseignants après plusieurs crises sociales.
Le pionnier dans ce domaine au Gabon, est feu Maître Louis Gaston Mayila, ancien ministre de l’éducation nationale (1980-1987), qui les avait organisés en décembre 1983. Un événement majeur qui visait à dresser un état des lieux du système éducatif et à proposer des réformes profondes. Cet exercice s’inscrivait dans une dynamique de réflexion nationale voulue par le président Omar Bongo, et Mayila en fut l’un des principaux architectes.
Il faut rappeler que nous étions là en période monolithique, après les évènements de la gare routière, lorsqu’un groupe d’intellectuels, pour la majorité des universitaires, avaient organisé une marche, fortement réprimée, exigeant le retour au multipartisme, le 1er décembre 1981.Ils se revendiquaient tous d’appartenir au Mouvement de Redressement National (MORENA).
Le constat dans le secteur de l’éducation à cette époque était alarmant : infrastructures scolaires insuffisantes et vétustes, surcharge des effectifs dans les établissements, formation des enseignants, programmes scolaires en inadéquation avec les besoins économiques, gestion administrative des carrières du personnel enseignant.
Les recommandations issues des travaux prônaient pour un plan décennal de réforme pour moderniser l’éducation, la construction et la réhabilitation des écoles à travers le pays, l’amélioration de la formation initiale et continue des enseignants, la révision des programmes pour mieux préparer les jeunes au marché du travail et le renforcement du rôle de l’État dans la planification et le suivi des politiques éducatives.
Ces États généraux ont été considérés comme un moment fondateur de la réflexion sur l’éducation au Gabon. Toutefois, beaucoup de recommandations sont restées partiellement appliquées, ce qui explique la récurrence des crises scolaires. Il a fallu attendre les mouvements de grève du plus grand syndicat de l’éducation nationale (SENA), entre 1990 et 1992, avec Samuel Ngoua Ngou, comme leader, pour voir les choses enfin bouger. Plusieurs réformes et établissements scolaires ont pu voir le jour. Ces revendications étaient faites dans un tout autre contexte assez favorable, la conférence nationale organisée en 1990, avait actée le retour au multipartisme et donc par ricochet la liberté d’expression, d’association et de manifestation, etc.
Passé cette période, il y a eu un véritable ralentissement qui a abouti à une sorte de léthargie, qui d’ailleurs était généralisée dans tout le pays. La politique politicienne était devenue le seul credo pour exister. Même si l’on peut noter quelques avancées et autres réformettes engagées par les gouvernants, pour tenter d’apaiser les tensions et le climat délétère observés dans ce secteur. Cette situation a perduré jusqu’à la disparition d’Omar Bongo en 2009.
Séraphin Moudounga, le ministre de l’éducation nationale, sous Ali Bongo, fraichement installé au pouvoir après une élection contestée, voulait également imprimer sa marque. Il organise les deuxièmes états généraux de l’éducation nationale à l’ère de l’émergence , au début du premier mandat de son principal chantre.
Les objectifs recherchés étaient les mêmes : réformer le système éducatif gabonais pour l’adapter aux besoins du pays, aligner formation et emploi afin de réduire le chômage des jeunes diplômés. La seule ligne de démarcation qui les sépare avec les anciens états généraux, étant celle de soutenir la vision de l’émergence du Gabon (concept à la mode) autour des trois piliers : le Gabon industriel, le Gabon vert et le Gabon des services.
Les travaux ont débouché sur les mêmes conclusions avec un tout autre jargon : adopter un “Pacte décennal pour l’éducation”, destiné à guider les politiques éducatives sur dix ans, mettre en place un comité préparatoire, chargé de structurer les travaux et d’élaborer des avant-projets de textes législatifs, améliorer la qualité de l’enseignement, renforcer la recherche scientifique et enfin favoriser l’innovation.
Ces États généraux ont simplement affiché la volonté des autorités de moderniser notre système éducatif et auront seulement eu le mérite de réunir les enseignants, chercheurs, décideurs politiques et partenaires internationaux autour d’une réflexion commune, dix-sept ans plus tard, sans réel impact sur les acteurs de ce secteur. Le magistère de Séraphin Moudounga à l'éducation nationale , a d'ailleurs enregistré une profonde crise, avec la création du plus grand regroupement des syndicats de ce secteur, appelé CONASYSED (Convention Nationale des Syndicats du Secteur de l'Education).
La Vème république semble ne pas vouloir rester en marge de cette grande messe de l’éducation nationale. Camélia Ntoutoume Leclerq, la ministre actuelle de l’éducation nationale; reconduite à ce poste, souhaite également marquer son passage à la tête de ce département. Elle a vécu ces derniers temps une période trouble, qui a failli lui couter son fauteuil. Un puissant collectif d'enseignants de toutes les provinces du pays, dénommé SOS Education a paralysé ce secteur pendant plus de deux mois. Elle a donc la bénédiction du président de la république pour s’aligner sur le même piédestal que ses trois prédécesseurs à ce poste qui avaient eu ce privilège de les organiser.
Historiquement en France, les États généraux étaient des assemblées convoquées par le roi, réunissant les trois ordres (clergé, noblesse, tiers état) pour discuter des affaires du royaume. Par extension, dans les pays francophones, on utilise aujourd’hui ce terme pour désigner des forums nationaux de réflexion et de réforme.
Dans le domaine de l’éducation, les États généraux de l’éducation, constituent un moment de grand débat national sur l’école, la formation et la recherche. L’objectif étant de diagnostiquer les problèmes, proposer des solutions et adopter un plan d’action. C’est une manière de donner la parole à tous les acteurs concernés pour construire une vision commune, une sorte de “grande conférence nationale” qui sert à repenser ce secteur clé de la société. Ce sera pour elle l’occasion de renouer le dialogue avec la communauté éducative et regagner leur confiance.
Le président de la république qui aime à se présenter comme étant le « fils d’un instituteur » se doit donc de relever ce défi , de faire différemment que les deux dernières éditions, qui sont restées lettres mortes. Ce sera un bel hommage qu’il lui aura rendu et à tous ces autres « artisans du savoir », expression empruntée à l’écrivain français Lucien Sfez. Il ne doit plus simplement s’agir de produire des textes, mais de les mettre en application, comme le bâtisseur qu’il est.